De la Bolivie à l'Assemblée constituante
Un peu plus de cinq siècles de lutte auront été nécessaires aux différentes
communautés indiennes de Bolivie pour reprendre en main leur destinée. Lors
de son élection en décembre 2005, Evo Morales Ayma, leader syndicaliste et
cocalero s'était engagé a redéfinir les institutions nationales boliviennes.
Les luttes d'indépendance des années 1830 n'avait pas permis de couper
réellement le cordon ombilical avec la métropole. Le pays était resté dirigé
depuis par des descendants d'européens. La structure politique était calquée
sur le modèle occidental. L'assemblée nationale et le Sénat s'avéraient
capables au fil des décennies de se couvrir d'un très léger vernis
démocratique ou de revêtir les habits sombres des dictatures les plus
violentes et les plus sanguinaires. Le Président Sanchez de Lozada qui a
fait tiré sur la foule en novembre 2004 parlait l'espagnol avec un léger
accent américain. La voix et les désirs des femmes et des hommes indiens, des
Aymaras, des Guaranis, des Quechuas, étaient à peine audibles.
Evo Morales, lors de son discours inaugural s'est engagé à ne pas créer de
nouvelles formes d'exclusion raciales. Responsable d'une Bolivie
multiraciale et multiculturelle, il s'est efforcé de créer les conditions
pour que les aspirations du plus grand nombre soient enfin entendues. Il
s'était également engagé à ne pas imposer une vision personnelle mais à
proposer un cadre pour que la société bolivienne avance. Il dessina les
contours d'une nouvelle dynamique : l'Assemblée Constituante.
Des travaux de cette assemblée sortira une nouvelle constitution qui
redessinera la structure de l'état et des relations que celui-ci doit
entretenir avec la société civile et l'ensemble des citoyennes et des
citoyens du pays. La nouvelle Constitution doit établir les grands principes et les
règles définissant une vie politique commune, autorisant les alternances et
garantissant les libertés individuelles et collectives. Les députés
constitutionnels ont été élus directement par les boliviens pour rédiger
cette nouvelle constitution. Dimanche dernier plus de 60 % des électeurs ont
soutenu cette proposition et cette démarche.
L'Europe sur la même voie
Aujourd'hui, l'Union européenne créée à l'origine par la volonté de
personnalités politiques et par l'engagement des états et des gouvernements
successifs des pays qui la constituent, a besoin de cette légitimité
démocratique, de cette implication directe des femmes et des hommes. Le
débat autour du TCE dans un grand nombre de pays de l'Union, et en France en
particulier, a montré l'envie et le désir de tous de participer à ce débat
fondamental. Il a souligné la maturité de la société civile et sa volonté
d'être impliquée dans la conception d'une Constitution Européenne ambitieuse
qui ne fige pas des politiques néolibérales dans le marbre. Le Traité de
Lisbonne n'a pas pris en compte cette crispation et cette aspiration de nos
concitoyens. Il propose ni plus ni moins de faire avancer les choses entre
« gens qui savent, » entre « gens sensés », de prendre les décisions en
haut. Je pense que ce n'est pas la bonne solution et je ne suis pas
d'accord.
Il est temps de nous engager résolument dans cette lutte pour la démocratie
européenne. Nous devons mettre en marche une dynamique pour l'élection d'une
Assemblée Constituante Européenne. Cette assemblée aura pour mission de
définir les règles de gouvernance pour notre Union, entre nos pays et pour
nos concitoyens. Elle s'attachera à garantir les libertés fondamentales qui
sont le socle de nos sociétés. Cette assemblée sera élue explicitement pour
cette mission ambitieuse. La Constitution qu'elle proposera devra être
débattue au niveau européen et votée par les habitants de
l'Union. Elle devra être validée par une majorité européenne et non par
des majorités nationales.
Je n'ai pas l'ambition d'aller plus loin dans la définition et dans les
détails de cette proposition politique. Mon seul désir aujourd'hui est de
participer à l'émergence d'une dynamique européenne qui aboutira à une
Assemblée constituante, portée par un débat populaire. C'est aussi pour cela
que j'ai décidé de me présenter aux élections européennes qui se dérouleront
le 7 juin 2009.
















Merci pour cette tribune qui a le mérite d'inverser la perspective habituelle : l'Europe a bien à apprendre de la démocratie en Amérique latine, après avoir longtemps servi de modèle pour le mouvement démocratique dans ces pays...
L'idée d'un référendum européen est sans doute la meilleure pour sortir de la crise des institutions actuelle. Alors, oui, une autre Europe est possible !
Verts Paris 11e http://www.verts-paris11.org/