G20 : bravo les artistes !

Portrait de Jean-Paul Besset

Comment donner l'illusion du mouvement sans bouger sur le fond ? Ou comment mimer un triple salto avant en restant droit dans ses bottes ? Réponse : en s'applaudissant à tout rompre pour faire passer ses bobards. L'opération porte un nom : G20. Et une date : Londres, 2 avril 2009. Décryptage.

 

Premier bobard : les "nouvelles règles" du capitalisme mondial. Selon le G20, ce serait donc le Costa-Rica, les Philippines, l'Uruguay et l'île de Labuan (une zone franche de Malaisie) qui auraient pourris le système financier international. Les voilà tous les quatre jetés sur une "liste noire" des paradis fiscaux. En revanche, les poids lourds du secret bancaire, de l'évasion fiscale et du blanchiment d'argent s'en tirent sans dommages. Macao, Honk Kong, Jersey, la City de Londres, les Iles Vierges, les Bermudes, les Iles Caïmans, Singapour, le Luxembourg, la Suisse, le Liechtenstein, Brunei, certains Etats américains comme le Delaware ou le Nevada... sont "blanchis" ou placés sur une "liste grise" qui existe depuis dix ans et qui ne les a jamais contraint à quoi que ce soit. Le G20 a donc décrété que les principaux centres financiers off shore étaient peu ou prou vertueux. Aucune sanction claire, immédiate, tangible, n'est arrêtée. Le message est limpide (chez nous, Monaco et Andorre se sont d'ailleurs empressés de se féliciter de l'absence de sanctions) : tout peut continuer comme avant, à quelques boucs émissaires marginaux près, sous réserve de quelques "recommandations" sur les bonus des traders, les pratiques des agences de notation et des fonds spéculatifs, en échange d' "engagements" et de "coopération" sur la transparence des comptes bancaires nichés sous les cocotiers.

La grossièreté de la manoeuvre est confondante et elle fera vite long feu. Les dirigeants des pays les plus riches du monde croient-ils que les acteurs de la société civile internationale sont à ce point des gogos ? Pour notre part, nous continuerons à dire qu'aucune régulation efficace du système financier ne verra le jour si celui-ci n'est pas contrôlé par un organisme international indépendant des puissances nationales et si les mouvements financiers vers ces paradis ne sont pas taxés à la source. Ce sont deux des points durs du programme d'Europe Ecologie, hors desquels les gesticulations sur la "moralisation" du capitalisme financier resteront ce qu'elles sont : des leurres.

Deuxième bobard: le retour à la prospérité économique. L'atmosphère est saturée de milliers de milliards de dollars pour encourager la "reprise" tant désirée de la croissance. Passons sur le coup de bonneteau qui octroie au FMI et à la Banque mondiale - bras armés de la dérégulation mondiale - le rôle de médecin traitant de la régulation économique mondiale. C'est comme si on donnait à un virus la charge de combattre la maladie qu'il inoccule. La bonne blague !

Il y a plus grave. Par quoi est inspiré ce déversement colossal de crédits ? Sur quoi cette volonté de relance de la croissance est-elle fondée ? Rien d'autre que sur un mystérieux ingrédient psychologique qui, parait-il, débriderait les comportements : la Confiance. En inondant le monde de pognon, le G20 souhaite redonner confiance aux entrepreneurs, aux consommateurs et aux marchés. Pour en faire quoi ? Pour qu'ils retrouvent leurs habitudes, retournent au business as usual et se bercent de l'illusion d'une croissance infinie. Il s'agit ni plus ni moins que d'inviter les acteurs économiques à reprendre confiance dans les vertus du système, à restaurer les pratiques anciennes de production, de consommation et de commerce, à les encourager à redémarrer de plus belle (comme par exemple la décision de relancer la libéralisation des échanges au sein de l'OMC). Bref, le G20 invite à négocier le virage pour reprendre le même chemin.

 

Cela ne conduira qu'à un formidable tête à queue ! Car c'est précisément les mécanismes qui ont conduit le monde à la récession économique et sociale en même temps qu'à la destruction des équilibres naturels que le G20 veut réhabiliter. C'est justement le principe de confiance qui est mort. Exceptés quelques drogués polymorphes accrocs au vieux monde, qui peut croire que les mêmes politiques ne conduiront pas aux mêmes effets ? Chacun sait ou ressent que c'est ce mode de développement, ce système de fuite en avant dans l'excès de tout en tout qui mène l'humanité à la casse. Serait-ce ce concasseur des hommes et de la nature qu'il faudrait restaurer, à coups de dollars et d'esbrouffe ?

Chaque milliard réinjecté pour réparer ce système prolonge la crise, creuse un peu plus la récession économique et la régression sociale, accentue la trajectoire d'effondrement des écosystèmes.

Ce n'est donc pas la confiance en ce qui a failli qu'il faut restaurer. C'est l'espoir en un nouveau projet de société qu'il est urgent de fonder. Un changement systémique qui passe, progressivement, par la reconversion de l'ensemble des activités humaines en fonction des impératifs sociaux et écologiques, comme le programme européen d'Europe Ecologie le propose.

Au fond, les principaux dirigeants de la planète ne sont peut être pas des âmes noires qui trompent sciemment le pauvre monde. A coup sûr, ce sont d'incorrigibles bigots. S'ils se sont efforcés à Londres de relégitimer la machine, c'est parce qu'ils sont dans l'impossibilité mentale de s'arracher aux schémas du passé, à la matrice culturelle originelle qui les a fait tels qu'ils sont, incapables d'imaginer un autre monde. S'ils veulent contre toute évidence sauver le système productiviste libéral, et pas le changer, c'est qu'ils y croient, les bougres, et, comme tout malade qui s'ignore, c'est qu'ils sont convaincus que le colapsus ne peut pas se produire. En ceci, ils ressemblent à s'y méprendre aux vieux pontes du socialisme réel qui n'ont pu imaginer l'implosion du système soviétique et qui l'ont découvert un beau matin agonisant à leurs pieds.

 

Portrait de tarball
69620 LEGNY
Inscrit(e) depuis le 16/01/09
sans profession

Analyse très pertinente.

Il est vrai qu'en matière de poudre aux yeux, nos politiciens font très fort.

Dommage qu'ils ne prennent pas vraiment la mesure de la gravité de la situation.

Jouer l'avenir de l'humanité à la roulette russe ne serait pas mon premier choix...
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Une goutte d'eau plus une goutte d'eau font bientôt une clepsydre !

Portrait de LCParis11
75011 Paris
Inscrit(e) depuis le 23/10/08

Très bonne analyse, merci !
Verts Paris 11e http://www.verts-paris11.org/

Portrait de Panachevert
94130 Nogent sur Marne
Inscrit(e) depuis le 11/11/08

J'avais écrit sur la commission économie des verts (avec des modifications mineures). 

Il y a beaucoup d'ironie dans la situation actuelle 3 exs socialistes français pour diriger le FMI, la BCE, l'OMC. Il faut peut être mettre à part Strauss Kahn qui semble avoir un minimum de plomb dans la tête, est à la tête d'une institution qui est nécessaire et a un avenir, les deux autres en revanche sont de pathétiques caricatures, marionnettes du projet néolibéral ... On peut bien critiquer Besson et Pérol, mais quand on voit Lamy et Trichet on se dit que ça avait commencé bien plus tot. 

La posture révolutionnaire, et la résistance du PS à la social démocratie ont fait long feu...

Au dela de la surface des attaques contre "les traitres", il est intéressant de noter combien en France, plus qu'ailleurs, peut être du fait du scrutin uninominal à deux tours, une majorité ne parvient à être élue que lorsque l'époque lui impose de mettre en oeuvre la politique souhaitée par son opposition.

Mitterand est élu en 1981 avec un programme d union de la gauche presque révolutionnaire, élu en pleine période libérale, presque pour négocier le virage de 1983.
Sarkozy est élu en 2007, sur un programme digne de la droite affairiste la plus bête, presque pour mener l'actuel virage vers une économie locale, non productiviste et fortement plannifiée

C'est a croire que c'est un effet non voulu de la cinquieme république : elle exclut une frange grandissante de l'électorat, qui finalement ne peut accéder au pouvoir que pour etre trahie dans les grandes largeurs par un populiste.
De ce point de vue Le Pen avec ses maigres 17 pour cent était plus ridicule (et moins dangereux) que Duclos et ses plus de 21 pour cent.

On peut se rappeler aussi de Giscard pseudo libéral qui organisait dans les années 70 la réglementation des prix, qui nationalisait l'acier...

Alors après avoir constaté tout cela si les dirigeants mondiaux actuels restent dans la fascination pour la non pensée unique, la surface néolibérale ...

Irons nous jusqu'a les blamer d etre trop humain et d'avoir du mal à se déprendre de la gangue qui nous englue encore trop, tous, enfin presque ? 

Pour ma part je sais que l'OMC quoiqu'elle fasse est une institution mort vivante. La relocalisation des économies est notre avenir. 
Le protectionnisme vient sous mille formes, il est nécessaire pour une relocalisation de l'économie. Les écarts de rémunération entre pays, causés de surcroit largement par des distorsions de change, ne peuvent pas justifier le gaspillage énergétique et la pollution afférante qu'entraine les échanges internationaux. La relocalisation s'impose. La part des échanges internationaux va chuter dans un PIB lui même en chute. 

La BCE .. on verra bien. Soit elle change, se débarasse de son pseudo monérarisme asymétrique suranné, soit elle crève. L'Euro joue son avenir dans les 5 ans qui viennent.

Alors face à ces mouvements de fond, les discours des marionettes au sommet. C'est un beau spectacle, de la poudre aux yeux. Rien n'a été retenu de l'échec du mouvement libéral du 19ème siècle, tout a été refait à l'envers depuis 1970. Et dans les oscillations entre libéralisme et plannisme protectionniste, jamais encore, ni le productivisme ni l'essor du crédit n'ont été mis en cause. Il est temps maintenat de réaliser la portée du bon sens bouddhique : l'attachement mène à la souffrance. Toute attente, toute exigence portée sur l'à venir, mène nécessairement à la déception et à la souffrance. Il n'y a pas de confiance dans la réalisation des attentes qui ne mène tot ou tard à une déception et une dépression. Cela est vrai sur le plan individuel comme sur le plan collectif. 
La solution est connue depuis plus de 2000 ans, elle réside dans le détachement, la réduction des attentes vis à vis de l'avenir et des dettes vis à vis du passé. Tout ce qui renforce le poids de nos attentes vis à vis de l'avenir, nos "droits à", nos exigences, renforce notre vulnérabilité, nous conduit inévitablement vers la souffrance.
Le développement symbiotique, c'est être léger comme le chasseur, avec une empreinte à peine discernable. 

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