Pour une relance démocratique de l'Europe

Portrait de Daniel Cohn-Bendit

Par Daniel Cohn-Bendit et José Bové

 A quelques jours d'une échéance capitale pour l'avenir de tous les Européens, les listes Europe-Ecologie ont d'ores et déjà prouvé deux choses qui pouvaient paraître impensables. Nous avons réussi à montrer qu'il est possible de réunir dans la même dynamique et un projet partagé les trois grandes familles historiques de l'écologie politique : associatifs, acteurs des mouvements sociaux et militants politiques.

Ce rassemblement est d'autant plus significatif qu'il a permis de dépasser, sans la nier, l'opposition entre deux camps politiques que beaucoup veulent croire irréconciliables

Certes, les traumatismes de la campagne référendaire de 2005 demeurent. Valmy pour les uns, Waterloo pour les autres, l'affrontement a laissé de profondes traces dans l'opinion française. Car, très loin de la substance du texte, ce sont deux imaginaires antagonistes, deux perceptions des finalités et du sens de la construction européenne qui se sont cristallisés le 29 mai 2005. Depuis, une partie de la classe politique hexagonale en a fait un élément de son identité et s'obstine à vouloir rejouer le match, comme de vieux supporteurs nostalgiques d'une gloire passée, tandis que l'autre partie s'empresse d'en dissimuler les séquelles derrière la grande comédie de l'unité, en dépit des blessures internes.

Pour ce qui nous concerne, nous avons fait le choix de la réflexion, de la clarification des divergences par le dialogue, la rencontre et l'entente, pour porter une vision commune. Quand on a le regard fixé dans son rétroviseur, on ne fait pas attention à ce qui est devant soi. Or il faut faire face à d'immenses défis, dont la complexité nous impose d'y répondre ensemble. Le danger de volatilisation de nos économies, l'augmentation de la souffrance humaine et les limites des réponses politiques classiques viennent ajouter de l'urgence sociale à l'urgence écologique désormais évidente pour tous : ces deux exigences s'imposent en même temps à l'action politique ; si l'on néglige l'une pour l'autre, on paiera la crise une nouvelle fois et bien plus cher. C'est dans ces moments que se décide l'avenir, et nous refusons de nous laisser enfermer dans des combats d'arrière-garde.

C'est dire à quel point la question des traités, de Lisbonne ou d'ailleurs, peut paraître secondaire. Suspendu au bon vouloir d'un président tchèque eurosceptique et ultralibéral, ou au seul choix d'un électorat irlandais assommé par la récession, le traité de Lisbonne entrera en vigueur en 2010 - ou pas. C'est un texte utile sur beaucoup de points. Il promet ainsi la fin des présidences tournantes du Conseil, donc des "sarkoshow" nationaux. Surtout, il renforce considérablement le rôle de législateur du Parlement européen.

Malheureusement, dans la méthode (sordides marchandages intergouvernementaux) comme dans la substance, c'est un texte qui ne résout pas l'essentiel et laisse intact le profond déficit de légitimité politique qui mine la construction européenne depuis une quinzaine d'années. Or seule une réelle légitimation politique du projet européen par les citoyens pourra résoudre la crise persistante de confiance envers les institutions européennes.

C'est pourquoi nous proposons de relancer un véritable processus constituant, pour doter l'Europe d'une Constitution digne de ce nom - c'est-à-dire d'un texte court et intelligible par tous, commun à tous les Européens, rappelant les valeurs et les projets qui les unissent, décrivant les institutions et les droits qui les régissent et donnant une substance à la citoyenneté européenne qui reste encore une fiction.

Qu'il soit rédigé par une Assemblée constituante spécifique, par le prochain Parlement européen ou au sein d'une nouvelle Convention, ce texte tirera surtout sa légitimité de sa ratification par un référendum paneuropéen à la double majorité des Etats et des citoyens. Les peuples qui auraient choisi de le refuser pourraient alors poser en toute clarté la question de leur participation ou non à l'UE.

Malgré ses évidentes imperfections, l'Europe est aujourd'hui le seul embryon fonctionnel d'une démocratie supranationale. Mais, dans nos démocraties contemporaines, la légitimité politique se forge dans la participation des citoyens à l'espace public. Cette exigence de participation des citoyens européens est forte et ne doit pas être étouffée. Il faut y répondre en développant des pratiques démocratiques à l'échelle du continent.

Europe-Ecologie en propose deux. Primo, des "consultations citoyennes d'intérêt général", chaque fois que l'avenir de l'Union européenne est en jeu, en posant à tous les citoyens européens, le même jour, une ou plusieurs questions simples et concrètes liées aux réformes envisagées. Secundo, un changement progressif du mode d'élection du Parlement européen pour arriver à des listes transnationales dont les têtes correspondraient aux candidats des partis européens à la présidence de la Commission. Voilà qui contribuerait efficacement à faire naître un espace public continental, tout en "dramatisant" l'enjeu du scrutin européen.

La construction de l'Europe ne peut plus se limiter à faciliter la prise de décisions entre vingt-sept Etats membres, dans un grand supermarché continental. Après cinquante ans d'une intégration limitée à l'économie, l'Europe arrive à maturité : elle doit entrer dans une véritable phase politique et construire une démocratie à l'échelle du continent. C'est une occasion historique pour penser, enfin, la politique hors du cadre étroit et myope de l'intérêt national et des seuls intérêts commerciaux et financiers. Une démocratie enracinée dans la diversité sociale et nationale des citoyens et des peuples européens et donnant une nouvelle dimension à l'action politique.

Contrairement à ce qu'affirment les nostalgiques de 2005 et les souverainistes forcenés, ce ne sont pas les traités qui font les politiques européennes. C'est la politique qui fait les traités. Face aux crises qui se conjuguent, les réponses doivent nécessairement dépasser le cadre français. Nous nous sommes réunis justement parce que la politique se nourrit de vision commune, d'imagination partagée et d'ambition collective. C'est cette ambition que nous voulons porter ensemble dans l'enceinte du Parlement européen - et au-delà.

Portrait de Josephinecl
78000 Versailles
Inscrit(e) depuis le 11/03/10

Merci pour cette article très intéressant, j'espère que cette campagne aura des répercussion positives sur les votes des électeurs. casino sans telechargement

Portrait de andreas_fecke
27798 Hude
Inscrit(e) depuis le 22/04/09

Surmonter d'anciens clivages en se réunissant sur un projet démocratique et humain. Politiser les débats au lieu de débattre à la politicienne. Les deux auteurs sont eux-mêmes le symbole de tous leurs propos et de tout ce qu'exprime le "Pacte social et écologique pour l'Europe" du rassemblement.
Pour moi, un observateur de près (même si d'un autre pays), cet article très fort de Dany et José ferme, en passant par tout ce qui a été déclaré depuis sur les sujets sociaux et écologiques, le cercle jadis ouvert avec le manifeste. Bravo! (Bravo aussi au commentaire de Joan-Lois ci-dessous).

S'il vous plaît, ne "disparaissez" pas après dans des lieux secrets du Parlement Européen, mais continuez, sur ce site et/ou sur facebook, à nous faire participer à l'action politique de nos délégués et à nous permettre d'en diffuser des informations. Ma prochaine petite campagne européenne commencera, en douceur ;) , le huit juin - parce que je voudrais aider à porter notre rêve européen au-delà des élections.

Mon petit merci, c'est une traduction allemande de votre article ci-dessus, que des intéressés avec des amis germanophones trouveront ici http://tinyurl.com/Dany-Jose . Le même billet contient aussi la traduction de l'article "L'enlèvement d'Europe" de Dany et les liens directs pour tout ce que transmis en allemand d'Europe-Ecologie.

Solidairement et respectueusement,
Chapeau à tou(te)s les milliers de militant(e)s
Andreas

Portrait de davis07
10012 Royal
Inscrit(e) depuis le 25/02/10

Really nice stuff et plein de nouvelles informations. En ce moment je suis à la recherche des trucs concernant les examens Microsoft, qui est, je crois vraiment merveilleux que pour que l'avenir d'un informaticien personne est concernée. Me cherche toujours un tel matériel en raison de mes examens sont terminés maintenant mcse training. Je tiens à se spécialiser dans certains cours informatiques et au-dessus sont les meilleures.

Portrait de LCParis11
75011 Paris
Inscrit(e) depuis le 23/10/08

Merci pour cette contribution au débat très intéressante. Assez peu relayée par les grands médias alors qu'en effet, le voilà le plan B !

Dans la presse écrit et radio, la plupart des journalistes sérieux reconnaissent qu'Europe Ecologie a la campagne la plus européenne, et va au fond des choses : c'est déjà ça, espérons que les électeurs le comprendront.

Verts Paris 11e
http://www.verts-paris11.org/

Portrait de ESCAFIT
34500 Besièrs
Inscrit(e) depuis le 21/05/09

les chemins de José Bové et de Gardarem la Tèrra se sont croisés dès le rassemblement d'août 2003 sur le Larzac (proclamation du manifeste fondateur). Ils s'étaient notamment retrouvés lors du débat sur le référendum de ratification du Traité Constitutionnel Européen. Gardarem la Tèrra assortissait sa position en faveur du non de la proposition suivante, en guise de "plan B" (déclaration de son Conselh daté du 2 mai 2005, version originale en occitan accessible à l'adresse http://gardaremlaterra.free.fr/article.php3?id_article=5) :" GLT s’est prononcée en faveur d'une assemblée constituante élue du peuple (scrutin à la proportionnelle sur des listes européennes riches des grandes
diversités régionales) : cette constituante plancherait de nouveau sur la rédaction d’une véritable constitution que le peuple d’Europe (et non pas l’unanimité des États) aurait à ratifier. Plus représentative que la Convention Européenne qui avait des airs de conclave, l’assemblée constituante serait plus en phase avec les aspirations de l’ensemble des citoyens.
Elle n’aurait qu’à donner la force constitutionnelle aux droits universels ainsi que définir les institutions et leurs règles de fonctionnement. Le tout sans avoir à perpétuer les choix étatiques prédéterminant la poursuite d’un système capitaliste et productiviste selon les principes énoncés dans la partie III" (celle du projet de Traité Constitutionnel qui ficelait les politiques européennes dans un cadre très néo-libéral, fort peu compatible avec un développement soutenable socialement juste) .
Cette déclaration se concluait par:
"L’Europe, nous l’aimons et nous la voulons. Nous la voulons unie, solidaire et forte. Nous la désirons respectueuse des diversités culturelles et linguistiques comme de tous les autres droits humains individuels et collectifs. Nous ne la voulons pas mercantile et repliée sur ses frontières. Nous la voulons proche, nous la voulons à l’écoute, nous la voulons en tant que force de justice et de paix. Nous savons que nous allons poursuivre notre réflexion-action dans les luttes sociales, culturelles, écologiques pour ne pas laisser l’avenir entre des mains avides de profit et de pouvoir. Fondamentalement, nous voulons tous la même chose : une Europe démocratique au service des êtres humains et du droit à la vie du Peuple de la Terre." En VO "una Euròpa democratica al servici dels èstres umans e del drech a la vida del Pòble de la Tèrra".
Le positionnement sur les élections européennes n'est pas unique entre les membres de Gardarem la Tèrra, certains considérant que le Nouveau Parti Anti-capitaliste ne peut lui être suspect de néo-libéralisme. Personnellement, après avoir notamment entendu Gérard Onesta au meeting de Montpellier, je suis convaincu que le texte signé en commun par José Bové (nonniste de 2005, que je n'avais pas suivi dans sa candidature aux présidentielles) et Daniel Cohn-Bendit (ouise de 2005) montre l'aptitude d'Europe Ecologie à faire enfin passer la construction européenne "dans la perspective d'une Europe fédérale, seule à même de dépasser l'impuissance des Etats-Nations", comme le dit la proposition du "green deal", et j'ajoute qu'il s'agit de dépasser cette impuissance dans le sens d'une régulation démocratique économique,sociale, écologique et culturelle, en particulier pour garantir le devenir des langues historiques vivantes autres que les langues officielles d'Etat. Cette démarche fédérale doit commencer dans les quartier urbains, les pays ruraux, et se traduire par de véritables collectivités publiques intercommunales remplaçant le découpage césaro-bonapartiste des département, des régions plus fortes et mieux assises sur des réalités historiques et linguistique (y compris transfrontalières)...
Oui Europe Ecologie apporte de l'oxygène dans ces élections européennes, oui il faut tout faire pour que le taux de participation à ces élections (toutes listes confondues) soit le plus fort possible mais surtout pour que la proportion des voix en faveur d'Europe Ecologie donne la dynamique nécessaire à la mise en oeuvre de propositions vitales pour le fonctionnement démocratique des institutions, comme pour un développement soutenable socialement juste et une valorisation de la diversité linguistique et culturelle dans le sens d'une ouverture aux autres et non d'un repliement identitaire. Òsca per Euròpa Ecologia ! (en occitan = vive Europe Ecologie)