Poznan : en attendant les Etats-Unis, l’Europe doit montrer la voie !

Portrait de Yannick Jadot

La conférence de Poznan est une étape clé entre deux conférences des Nations Unies sur les changements climatiques : celle de Bali, fin 2007, qui avait établi une feuille de route pour les négociations climatiques en vue d’un accord post-Kyoto ; et celle de Copenhague, fin 2009, qui devrait aboutir à un nouvel accord définissant les engagements de réduction des émissions de gaz à effet de serre pour la période 2012-2020.

Le rendez-vous de Poznan est d’autant plus important que peu d’avancées ont été faites depuis Bali et que beaucoup de pays attendent la négociation finale de l’année prochaine pour « dévoiler leur jeu ». Le changement d’administration aux Etats-Unis constitue aussi une inconnue de taille : au-delà des discours très positifs d’Obama, quel sera le contenu de la nouvelle stratégie américaine sur le climat ? Quelles seront les conditions d’un retour des Etats-Unis dans la négociation d’un nouveau régime contraignant ?
 
La gravité de la crise climatique, qui reste la préoccupation première des citoyens dans le monde malgré la crise financière, impose aux Etats d’engager sérieusement à Poznan la négociation d’un accord respectant la recommandation très forte des scientifiques : ne pas dépasser 2 degrés de réchauffement de la planète, au risque de subir un emballement climatique aux conséquences absolument dramatiques pour l’ensemble de l’humanité.

Le point principal de l’ordre du jour sera discuté la semaine prochaine et concerne les objectifs que se fixe la communauté internationale, et en particulier les pays industrialisés, en matière d’engagements de réduction. Les recommandations scientifiques, là encore, donnent le cadre : les émissions globales de GES doivent commencer à diminuer à partir de 2015. Ce qui signifie une réduction minimale de 25 à 40% des émissions pour les pays industrialisés d’ici à 2020 par rapport au niveau de 1990, cette réduction devant atteindre 80 à 95% des émissions d’ici 2050. Les pays en développement, et les émergents en particulier, ne peuvent s’exonérer de cette responsabilité collective et doivent prendre des engagements ambitieux. Pour les plus pauvres d’entre eux, qui sont aussi les premières victimes des changements climatiques, il est évident que les réductions (ou la faible augmentation) des émissions ne pourront être obtenues sans un soutien important des pays les plus riches, notamment des transferts de technologie, de compétences et de moyens financiers. La mise en place de mécanismes financiers compensatoires pour les pays stoppant la destruction de leurs forêts peut aussi grandement participer à la lutte contre les changements climatiques, la déforestation représentant près de 20% de l’effet de serre. 

D’autres points sont à l’ordre du jour : l’examen de l’ensemble des propositions soumises par les pays membres ; les mécanismes de développement propres et la crainte qu’y soient introduits, sous la pression de pays comme la France, le nucléaire d’une part, le captage et la séquestration du carbone d’autre part ; la révision possible –et la fin du scandale !- de la non-intégration des transports aérien et maritime dans le protocole de Kyoto.

Dans l’attente d’un mandat de négociation de la nouvelle administration Obama, l’Union européenne devrait absolument être exemplaire et montrer la voie aux autres pays. Ce n’est malheureusement pas le cas pour le moment. Le paquet climat énergie qu’elle devrait boucler les 11 et 12 décembre prochains ne respectent pas, pour le moment, les engagements qu’elle a pris il y a moins d’un an à Bali. Sur l’objectif global d’abord, seuls quelques pays de l’Union défendent encore le passage automatique, en cas d’accord satisfaisant à Copenhague, d’un engagement de 20 à 30% de réduction des émissions d’ici 2020. Et encore faut-il noter qu’une grande partie des efforts de réduction pourront se faire à l’extérieur de l’Union, limitant d’autant les efforts à engager domestiquement. En l’état actuel, le paquet européen s’inscrit dans une trajectoire de réchauffement global de 3,2 à 4°C d’ici la fin du siècle, soit 4 à 6°C pour le continent européen. De même, en dépit du vote du parlement européen demandant que 50% des revenus tirés de la mise aux enchères des quotas d’émissions soient alloués à la lutte contre les changements climatiques et à l’adaptation des pays du Sud, la négociation entre Etats aboutit pour le moment à ce que l’ensemble des revenus aillent dans les budgets des états, sans affectation pré-établie. Enfin, de plus en plus d’Etats négocient des dérogations pour leurs industries, remettant en cause l’ensemble du dispositif de contraintes.

Angela Merkel s’était auto-proclamé championne européenne du climat lorsqu’elle avait lancé, sous présidence allemande au printemps 2007, la négociation d’un paquet climat énergie ambitieux. Elle a depuis pris la tête des opposants les plus farouches à toute ambition en la matière, faisant preuve du souverainisme économique le plus conservateur. Nicolas Sarkozy avait ouvert son quinquennat en faisant du climat sa grande priorité. Président en exercice du Conseil européen, il cède à toutes les pressions pour obtenir un accord, même vidé de tout contenu sérieux. La crise économique et sociale ne peut justifier une telle erreur. Au contraire, l’Union devrait saisir l’opportunité d’assurer un nouveau leadership mondial en matière climatique, fondé sur une révolution énergétique qu’elle pourra, à son plus grand bénéfice, exporter dans le reste du monde. Les prochains jours diront si nos dirigeants, de Bruxelles à Poznan, auront cette vision et ce courage. 

 

Portrait de COULAU Philippe
22470 Plouezec
Inscrit(e) depuis le 17/11/08

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Lutte contre le changement climatique : La dimension régionale entre dans la négociation de l'après-Kyoto

Les 29 & 30 octobre, la Bretagne accueillait à Saint-Malo 98 régions de 59 pays, en présence de représentants de l'ONU, du Fonds pour l'environnement mondial, de l'Union européenne et du Gouvernement français, pour poser les bases de nouvelles coopérations Nord-Sud dans la lutte contre le changement climatique.

Un mois et demi plus tard, la Bretagne, co-présidente du Réseau mondial des gouvernements régionaux pour le développement durable (nrg4SD), a participé à la 14ème Conférence des Parties (CoP14) à Poznan (Pologne).

A Poznan, la Bretagne était représentée par Christian Guyonvarc'h* vice-président chargé des affaires européennes et internationales, et par ailleurs co-président -depuis le 28 octobre- du réseau nrg4SD. A ce titre, un amendement au texte final de la conférence de Poznan -en prévision de Copenhague 2009- a formalisé le souhait des régions de se voir associer aux prochaines discussions et aux instruments de lutte contre le changement climatique.

Cet amendement, proposé par la Catalogne, porté par la Bretagne et défendu par le gouvernement britannique grâce à l'intervention du Pays de Galles, devrait, s'il est accepté, permettre aux régions d'entrer de plain-pied dans le futur protocole de Copenhague. Cette mesure démontre la pertinence de l'action régionale en complément de celle des Etats. Celle-ci a d'ailleurs été reconnue par le secrétaire de la Convention-cadre de l'ONU sur le changement climatique (CCNUCC), Yvo de Boer, lui-même.

80 % des actions contre le changement climatique sont menées à l'échelle des territoires

En effet, lors d'une rencontre des leaders régionaux contre le changement climatique, au cours de laquelle M. Guyonvarc'h est intervenu aux côtés de Mike Rann, Premier ministre d'Australie du sud, d'Abdoulaye Sène, Président de la Région Fatick (Sénégal), de ministres ou directeurs de l'environnement de Californie, Connecticut, Yukon (Canada), Ecosse, Pays de Galles, Catalogne, Aragon, Pays basque et Haute Autriche, Yvo de Boer a souligné que 80% des actions de lutte contre le changement climatique ou d'adaptation à ses conséquences étaient conduites au niveau régional ou local.

Ce nouveau signe de reconnaissance de l'action des régions vient confirmer l'acte historique que le PNUD et le PNUE, agences de l'ONU chargées du développement et de l'environnement, avaient posé à Saint-Malo en lançant, avec nrg4SD, le programme «vers des territoires économes en carbone et résistants au changement climatique» et en annonçant la création, à Brest, du centre CLIMSAT, premier outil onusien dédié aux régions.

Une coopération envisagée entre le Green Belt Movement, CLIMSAT, la Bretagne et Madagascar

A Poznan, Christian Guyonvarc'h a par ailleurs rencontré le Pr Wangari Maathai, Prix Nobel de la Paix 2004 et créatrice au Kenya du «Green Belt Movement» qui lutte contre la déforestation en organisant des campagnes d'information et d'éducation et en finançant la plantation d'arbres et leur entretien par les communautés rurales (20 M d'arbres plantés à ce jour). Depuis 2006, ce mouvement a noué avec le Pays basque un partenariat exemplaire de la contribution des régions du Nord à l'action des pays du Sud contre le changement climatique. Après cette rencontre, un partenariat se dessine, d'une part avec CLIMSAT, dont les compétences en imagerie satellitaire pourraient permettre au «Green Belt Movement» de se doter d'un système d'information géographique opérationnel pour le suivi des zones replantées, d'autre part avec la Région Bretagne pour que le savoir-faire, acquis au Kenya, soit transféré aux deux régions de Madagascar avec lesquelles la Bretagne coopère, Anosy et Analanjirofo.

* Christian Guyonvarc’h est vice président de la fédération Régions et Peuples Solidaires