Sortir du mille-feuille territorial

Portrait de Jean-Paul Besset

Le conservatisme a la peau dure. Quand les premières propositions de la commission Balladur ont commencé à filtrer sur la réorganisation administrative de la France - en particulier sur le regroupement de certaines régions -, René Souchon, président (PS) du conseil régional Auvergne, s'est immédiatement insurgé et a été derechef appuyé en ce sens par celui qui brigue sa place en 2010, l'UMP Brice Hortefeux. Refus unanime au nom d'une "identité régionale" supposée menacée ! Triomphe de l'esprit de clocher ! La région Auvergne pourrait en effet fusionner avec sa grande voisine, Rhône-Alpes. Ce qui est plutôt de bon sens : la petite région Auvergne (1,3 million d'habitants et une seule ville de plus de 100 000 habitants, Clermont-Ferrand) n'a pas la "taille critique" pour répondre toute seule aux enjeux de l'époque et, qu'on le veuille ou non, elle est économiquement tournée vers la métropole lyonnaise.

Des réactions identiques ont eu lieu en Picardie ou en Poitou-Charentes. Les conseillers généraux qui craignent la disparition de leur petite propriété cantonale sont tous crocs dehors. Les départements ne veulent pas fusionner au nom d'une histoire qui remonte à Napoléon... Chicayas politiciennes et crispations corporatistes se déchaînent, chacun supposant chez l'autre de noires arrières pensées. Où est l'intérêt général dans ces misérables défenses du petit périmètre de pouvoir ?

Oui, il y a en France un empilement de structures administratives enchevêtrées - le fameux "mille-feuille" - qui complique les choix, paralyse les décisions et dilue les responsabilités. Au moment où la crise du modèle de développement de nos sociétés se joue des frontières et appelle l'ardente nécessité d'une coopération généralisée pour la reconversion de notre système, l'organisation territoriale telle qu'elle s'est vitrifiée en France constitue un frein majeur : les Régions sont souvent trop étroites ou découpées sans cohérence; les cantons et les départements sont des structures désuètes qui entretiennent le clientélisme politique, se contentant de distribuer du fric et n'obéissant qu'à une logique de guichet (sous prétexte de proximité); les différentes formes d'intercommunalité manquent de légitimité démocratique, donc d'amplitude; les grandes villes oublient leur périphérie... Résultat : les collectivités territoriales patinent dans le pudding, elles s'encalaminent dans leurs rivalités.

Sans doute les propositions de la commission Balladur doivent-elles être discutées, complétées, amendées. Voilà un grand débat de société où la démocratie participative trouverait matière à s'employer. Grand Paris ou pas, par exemple, il n'y a pas de réponse simple. Mais, avant d'entrer dans le détail du dispositif, forcément complexe et polémique, il faut choisir l'orientation, savoir quelle direction prendre. Soit on en reste à une posture de "résistance" à partir du vieux trépied commune-département-nation, soit on s'engage dans une réorganisation fondée sur le partenariat Europe-Régions-intercommunalité.

De notre point de vue, cette deuxième option est la seule possible car elle inscrit l'avenir au bon échelon, c'est-à-dire au sein d'une Europe à vocation fédérale appuyée sur des régions puissantes organisant, au plus près des besoins quotidiens, réseaux de villes et bassins de vie diversifiés (les "pays" créés par Dominique Voynet et trop vite enterrés). C'est la seule orientation qui soit à même d'engager et d'encadrer des politiques structurantes capables de répondre aux défis écologiques, économiques et sociaux tels qu'ils se posent aujourd'hui.

 

Portrait de BOURET
38430 Moirans
Inscrit(e) depuis le 11/11/08

Moi, ces histoires de régions puissantes, je n'y comprends rien. Je veux bien croire que ce n'est pas un simple problème de cour de récré mais c'est quoi ? Je n'ai jamais entendu dire qu'il fallait des régions (ou des départements ou des agglomérations) puissantes dans la France du 21 ème siècle. C'est quoi le problème avec l'Europe ? que c'est plein de pays étrangers ?
Si c'est cela, il y a deux solutions : décider que l'Europe se limitera à la France ou, au contraire, créer une grande région à l'échelle de l'Europe, une grande région qu'on appellerait la France.

Plus sérieusement, les régions façon Balladur, c'est
des régions avec moins d'élus (qui auront du mal à suivre leur projets, à penser des politiques territoriales, même s'ils deviennent des professionnels)
des régions plus vastes (avec des fonctionnaires régionaux connaissant moins leur territoire que les fonctionnaires d'Etat d'avant la décentralisation)
et des élections moins démocratiques (avec des circonsriptions territoriales de quelques sièges, il faudra obtenir un pourcentage élevé de voix pour avoir un élu).

Portrait de Maury
31650 Saint-Orens de Gameville
Inscrit(e) depuis le 26/10/08

L'Auvergne a une identité bien à elle: c'est sa culture occitane. Si Clermont a un accès relativement rapide vers Lyon, tous les pays en dessous n'ont pas forcement les mêmes liaisons. Clermont n'est pas toute l'Auvergne! Par exemple le Cantal (Haute Auvergne) peut en 2 heures voir Clermont, mais relier Lyon ressemble pour le Sud du Cantal fort compliqué, car traverser les montagnes et toute la Haute Loire n'est pas évident du tout. Par contre ces pays ont toujours été en liaison avec Toulouse, ou d'autres ont connu toutes sortes d'échanges naturels avec la Corrèze et à travers tout le Limousin. Voir des relations uniquement à travers des capitales régionales, c'est ignorer complètement leurs arrière-pays. Ignorer la structure géographique du Massif Central qui est plus complexe que les concentration urbaines, c'est ignorer tout de nos campagnes! C'est arriver avec des idées toutes faites sur la vie dans les vallées de montagne sans y avoir sans doute jamais vécu. Réduire un pays à sa population et à sa recherche de concentration urbaine de plus en plus grande, dans une de "synergie", de "puissance" des capitaux, c'est n'avoir rien compris à l'écologie et à nos souhaits de changements de société. La culture d'une région, c'est sa langue, ses traditions, etc., mais c'est d'abord lié à des contacts humains liés à une histoire et une géographie commune, et puisque Lyon n'est pas si loin grâce aux belles autoroutes, Paris non plus, alors alors centralisons encore! Et c'est un Toulousain qui écrit cela! Adiu-siatz, al reveire, e portatz-vos plan!

Portrait de yann syz
56100 LORIENT
Inscrit(e) depuis le 23/11/08
Agglos et régions, pivots de la réforme fiscale et territoriale
 
 
A lire les réformes gouvernementales depuis la fausse décentralisation de J.P. Raffarin et à entendre les réactions qu’elles suscitent chez les élus, on a l’impression que le coup de grâce contre les collectivités locales n’est jamais le dernier. Alors oui, les transferts de charges non compensés de l’état au local sont légions. Oui aussi, par un jeu de textes successifs, les gouvernements de la droite libérale font échapper une part croissante des marges des entreprises au financement de la solidarité et du développement. Alors qu’en fin de compte les collectivités locales qui en bénéficient travaillent d’abord à l’avenir économique des territoires et injectent une part considérable de leurs ressources dans la commande aux secteurs privés. Le raisonnement fiscal du gouvernement est un raisonnement à courte vue, qui fait fi des dynamiques à long terme. Certes, la taxe professionnelle est à revoir, mais que le monde de l’entreprise contribue au financement du développement économique des territoires est légitime, car les investisseurs en sont souvent les bénéficiaires indirects. C’est par un lien fort entre le monde économique et la fiscalité que se poursuivra l’investissement pour les emplois de demains dans nos collectivités locales.
 
La question de la fiscalité locale ne peut être déconnecté des débats de la commission Balladur.
Dans les débats autour de la réforme territoriale, chacun s’attache à reconnaître les acquis de la décentralisation. Pourtant, on assiste actuellement à une dépendance accrue des collectivités territoriales vis à vis d’un Etat qui utilise la fiscalité locale comme variable de sa propre politique. Il s’agit bien d’une fausse décentralisation, où les décideurs de proximité ne peuvent agir que dans le cadre mouvant des normes fixées par l’Etat central. Il est temps de faire des élus locaux des acteurs autonomes et responsables.
 
La réforme de la fiscalité locale est le passage obligé d’une clarification du mille-feuilles administratif avant que le pudding ne devienne indigeste. Cela passe par l’affectation d’un impôt précis par niveau de collectivité, ce qui doit permettre la lisibilité civique et la fin de la prise en charge par l’Etat des ressources locales. C’est le seul moyen pour que l’inévitable hausse des impôts locaux soit compensée par une baisse équivalente des prélèvements de l’Etat.
 
Qui dit ressources précises, dit aussi missions claires. La France est le pays spécialiste de la création de nouvelles structures utiles (régions, communautés de communes), sans toujours supprimer les anciennes devenues désuètes comme le département qui ne conserve une réalité que dans peu de régions.
 
Cette situation provoque des doublons coûteux que les citoyens ne supporteront pas longtemps. Une redéfinition et une redistribution des missions des collectivités sont les seuls moyens de rationaliser la dépense publique et de simplifier les échelons.
 
Régions et agglomérations pourraient se partager ce qui reste des missions des conseils généraux.
 
Les agglomérations correspondent à la carte de la vie des citoyens. C’est l’échelon de proximité adapté aux nouvelles mobilités, qui peuvent traiter avec cohérence la vie quotidienne.
La Bretagne ou l’Alsace, régions où la carte des agglos et des pays est bien en place, pourraient être des pôles d’expérience en la matière, car de toute façon, rien n’oblige à ce que la réforme soit uniforme et monolithique : si dans quelques régions le département garde un sens, on peut très bien imaginer des régions avec ou sans département. Un passage par l’expérimentation locale briserait bien des résistances de départementalistes conservateurs de tous bords !
 
Ces expérimentations régionales pourraient permettre l’élection au suffrage universel de conseils d’agglomération, car les agglomérations ont un rôle majeur à jouer pour permettre la solidarité effective et la péréquation entre communes, pour peu que leur projet de territoire soit validé par les citoyens au delà des querelles de clocher.
 
Dans le débat public autour de la commission Balladur , il est surprenant de voir que ce sont souvent les même qui réclament des régions plus grandes et qui souhaitent conserver le morcellement départemental. Les pays voisins nous montrent pourtant que ce n’est pas la taille des régions qui compte, mais leur force institutionnelle.
L’Espagne démocratique a assis son renouveau économique sur plusieurs régions fortes : hors Madrid, l’originalité Basque où le dynamisme Catalan jouent un rôle primordial.
L’autonomie et l’expérimentation des régions, c’est permettre la mise en place de stratégies économiques qui collent aux réalités territoriales. Loin d’être source d’inégalités fantasmées, il s’agit bien de se servir de la diversité de situations au bénéfice de l’ensemble.
Pourquoi la France ne s’en inspirerait-elle pas ? Car ne nous-y trompons pas, le grand Paris n’est qu’une périphérie excentrée de ce que les géographes nomment la « banane bleue » ou la dorsale européenne (de Londres à Milan, en passant par le Bénélux et la Rhénanie). Pour peser face à cet axe, la France a besoin de plusieurs pôles de développement, dont un s’appuie sur la centralité économique de l’Atlantique.
 
La France, pays terrien et centralisé, a peu à peu délaissé le commerce maritime. Une Région Bretagne avec de fortes marges de manœuvre budgétaires s’y investirait sans attendre le bon vouloir des ministères parisiens.
 
 
De ce point de vue maritime, le retour de Nantes et Saint-Nazaire dans la Bretagne est une évidence : Brest, Lorient et Saint-Nazaire ont des convergences maritimes à mettre en synergie. Ces synergies ne seront pas perçues et soutenues dans un grand ouest ou Laval, Le Mans et Angers tournent le dos aux logiques « Atlantique ».
 
Une Normandie est plus claire que deux , rappelait récement Nicolas Sarkozy. Evidement, et de même Val de Loire, Bretagne, Normandie, Vendée et Poitou offrent des avantages tant économiques que civiques. Ce sont des marques qui vendent et se lisent ; ce sont des territoires vécus et donc compris par des citoyens qui s’y retrouveraient plus que dans de fausses féodalités électives.
 
Les régions fortes et dynamiques en Europe et dans le Monde s’appuient sur une identification claire à l’externe et mobilisatrice à l’interne : Bavière, Catalogne, Ecosse. Au delà des identités culturelles, des logiques économiques intègrent ce fait : le nombre d’entreprises membres des réseaux « produits en Bretagne » est de ce point de vue significatif.
 
Les termes Ouest ou Grand Ouest souhaité par ceux que la taille obsèdent n’apportent de ce point de vue aucune plus value.
Avec ces termes, Rennes, Nantes ou Le Mansse marginalisent à la périphérie, alors qu’elles ont chacune d’indéniables caractères de centralité dynamique. La qualification Grand Ouest ne sert la vitalité d’aucune de ces trois villes.
Surtout, Ouest ne veut rien dire en soi, c’est une appellation franco-centrée. A New-York la Bretagne est clairement identifiée dans certains esprits. L’ouest fut-il grand, c’est là bas… la Californie ! Et oui, Brest, pour certains, est la côte Est de l’Atlantique ! On connaît la Rhénanie en Allemagne, mais si elle s’appelait Ouest, nous serions perdus…
 
Aujourd’hui, les divisions administratives artificielles morcellent le territoire et nuisent aux dynamiques économiques de l’ensemble de la France.
Demain, la fiscalité au service du développement local doit être lisible pour le plus grand nombre, rationalisée, et ancrée sur des espaces efficaces.
Saisissons cette période de débat pour que des territoires cohérents organisent les services publics en fonction des contextes géographiques et des situations, dans un triple souci de force économique, d’aménagements adaptés à l’histoire et de participations citoyennes accrues par la proximité et la lisibilité.
 
Yann SYZ
 
Maire Adjoint de Lorient
 
 Groupe UDB
(Union démocratique Bretonne)
Portrait de Remi FIRMIN-Partit Occitan
31000 TOLOSA
Inscrit(e) depuis le 21/10/08

"La région Auvergne pourrait en effet fusionner avec sa grande voisine, Rhône-Alpes. Ce qui est plutôt de bon sens : la petite région Auvergne (1,3 million d'habitants et une seule ville de plus de 100 000 habitants, Clermont-Ferrand) n'a pas la "taille critique" pour répondre toute seule aux enjeux de l'époque et, qu'on le veuille ou non, elle est économiquement tournée vers la métropole lyonnaise."  JP.BESSET

NON, NON ET NON ! Pourquoi pas des régions carrées comme l'avaient prévus certains révolutionnaires pour les départements ?...
Je crois rèver quand je vois des "écologistes" faire de telles propositions, j'ose espèrer qu'elles sont ultra minoritaires.
Le problème n'est pas là. Où il est dit que les régions doivent avoir telle ou telle taille, tel où tel PIB ?  Il y a partout dans de le monde des petites régions et des grandes régions, des petits états et des grands états. Non, la seule et véritable question est la question du pouvoir de ces régions et donc de l'autonomie qu'elles ont (fiscalité comprise) En tout cas pour ma part je me refuserai toujours à cette vision économiste et libéralo capitaliste de la société et je la combattrai très activement. Les écologistes rassemblés ne doivent surtout pas tomber dans ce piège de la division tendu une fois de plus par Stsar'Kowsky !
De plus comment faire une telle abstraction de l'identité culturelle et linguistique d'une région ?
Regardons autour de nous en Europe les régions ne sont pas baties uniquement sur des critères économiques, si l'on veut à tout prix rassembler des régions faisons le en prenant en compte l'histoire, la culture, la géographie , bref  l'ensemble des critères qui construisent et cimentent véritablement une société. Pour l'Auvergne on peut envisager de la rassembler avec le Limousin voir avec une partie du haut Languedoc, du nord Aveyron... Et si vraiment vous voulez faire très fort, rassemblez toutes les régions occitanes, y a de la richesse! De Nice à Bordeaux et de Limoges à Montpellier....

Portrait de risolier
16500 Manot
Inscrit(e) depuis le 21/10/08

Quelle vision technocratique de la "région" ! L'Auvergne n'est pas un simple "découpage" administratif, c'est une identité culturelle qui appartient à l'Occitanie.
Idem pour le Limousin (et ses prolongements qui ont été rattachés à d'autres régions (la partie est de la Charente, Charente occitane, Vienne occitane...)
L'Europe doit permettre à ces "identités" régionales de s'exprimer pleinement, ce que le cadre hexagonal n'a jamais permis.
Il y a 800 ans cette année (1209), commençait la croisade de conquête des terres de Toulouse (croisade albigeoise) par le roi de (l'Ile-de) France , désireux d'agrandir son pré carré. Les autres terres d'oc ont suivi au cours des siècles : Auvergne, Limousin, Guyenne, Provence, Béarn, par le fer et par le sang la plupart du temps...
La question occitane reste entière aujourd'hui.
Pour nous occitanistes, les régions "du Sud" : Limousin, Auvergne, Aquitaine, Midi-Pyrénées, Languedoc, Provence, redécoupées pour inclure la Charente occitane, la Drôme et l'Ardèche, l'Isère d'oc... ont vocation à coopérer, "unies dans la diversité".
L'Occitanie "des Alpes aux Pyrénées"  avec le Massif Central est un ensemble humain (15 M d'habitants) qui souffre d'être gouverné depuis Paris.
Ce pouvoir centralisateur, Balladur ne veut pas le remettre en cause, au contraire. Son objectif est de le renforcer.
La question du pouvoir régional n'est pas abordée : qui encaisse les impôts et les redistribue ? L'état central ? (= les régions son dépendantes). Ou bien les régions ? et dans ce cas,  l'état central n'est qu'un service commun...
C'est la question posée dans tous les Etats d'Europe. Certains sont plus avancés : Espagne, GB, ... D'autres en restent au temps de Napoléon !

Pour moi, l'écologie doit prendre en compte le facteur humain (langue, culture, histoire, biais de viure...) pour ne pas devenir simplement une autre manière de "gérer"  ...  dans le "Pays", la "région", l'hexagone et en Europe.

Portrait de LCParis11
75011 Paris
Inscrit(e) depuis le 23/10/08

Merci pour cette prise de position
A lire également : le communiqué de Cécile Duflot pour les Verts
http://lesverts.fr/article.php3?id_article=4484

Pour ce qui est du Grand Paris, tel qu'il est proposé par la commission Balladur, il n'est pas pertinent : les arguments du président PS de la région IDF paraissent valables

Portrait de TAUTIL
83870 SIGNES
Inscrit(e) depuis le 02/12/08

A propros du mille-feuilles...
Merci à JP BESSET pour sa analyse, même si je ne la partage pas.

- Le courant écologique (Les Verts, RPS-Partit Occitan) appartiennent à une culture fédéraliste. Nous avons toujours lié le local au global et réciproquement. Cela signifie que nous partons des réalités vécues, comme celles occultées par les Etats et les rapports de forces politiques pour inventer du neuf.

  Le centralisme historique de l'Etat français s'est toujours affirmé comme le centre de toute "réforme" territoriale. L'archétype départementaliste, daté historiquement, a néanmoins profondément marqué les consciences citoyennes, à droite comme à gauche. La décentralisation à la Defferre n'a été qu'une avancée prudente pour contrebalancer ces rapports de forces territoriaux et politiques. Les différentes formes de déconcentration (appelées "décentralisation") n'ont fait que compliquer ce qui aurait pu être un début de politique territoriale.Le département est resté intouchable et la politique des "pays"est restée malheureusement lettre morte (sur le papier, sans représentation démocratique, sans moyen réels), laissant la place à la politique chevènementiste sur l'intercommunalité qui n'a pas simplifié le vécu des locaux, et qui s'est faite dans une tradition centraliste réaffirmée. Quant aux politiques "régionales", elles ont été et sont à l'image de leurs budgets et de leurs compétences. Ce centralisme de l'Etat est un anachronisme dans l'Europe des Etats-nations, et cela, sans parler d'une autre dynamique interrégionale européenne qu'il faudrait mettre en avant.

- Or en France, il n'y a pas de "politique territoriale" La Commission Balladur est dans la droite ligne de cette histoire de France à la Lavisse qui a fait que, trop souvent, on a opposé ces deux niveaux dans une échelle de valeurs qui ont marqué profondément une "géopolitique à la française".

- Pour aller à l'essentiel : les données historiques, culturelles et linguistiques sont absentes de tout choix dans cette nouvelle "réforme" en attente. On a préféré gérer le "dossier" dans une vision purement  économiste, en termes de bassins d'emplois et de logiques économiques calquées sur une France déjà ancienne dans la recherche d'un autre type de développement, de relocalisation de l'outil de travail, des équilibres proprement écologiques et donc tout à côté de l'intérêt des femmes et des hommes de nos régions.
   Une heureuse surprise : la réunification de la Bretagne. Mais pour le reste? Une Occitanie inconnue (Auvergne annexée à Rhône-Alpes, cette entité technocratique qui fait tant plaisir à nos amis savoisiens; une Charente occitane rattachée comme le Poitou .., pour ne parler que de nos régions occitanes. La Picardie est un autre exemple de cette architectonique destructrice de toute identité régionale...).

   Il faut changer d'ère, disions-nous justement. La réalité régionale, dans ses dimensions à la fois d'origine et en devenir, est à prendre au sérieux. Nous n'avons pas à faire à un jeu de construction mais à un vécu humain. Les petites entités doivent être respectées comme les grandes et ce n'est pas à l'aune du PIB de chaque région, aussi grande soit-elle, qu'il nous faut en mesurer l'importance.

   Notre engagement régionaliste et autonomiste d'hommes et de femmes d'Oc dans Europe Ecologie se fait dans la clarté  : nous sommes pour que l'écologie des régions et des peuples réels soit prise en compte, dans un esprit d'ouverture et de dépassement de cette vieille histoire qui nous colle encore à la peau. Sortons du XIXe siècle.

Coralament
Gerard TAUTIL

Portrait de pierre bourduge
63400 Chamalières
Inscrit(e) depuis le 24/03/09

Je ne comprends pas la contribution de jean-Paul Besset à la théorie du mille-feuille qu'il faudrait alléger. Outre qu'elle correspond surtout à une volonté sarkozyste de mettre au pas des régions qui lui sont hostiles alors qu'elles sont le socle pertinent de lien entre administration et administrés, les rapprochements envisagés vont assurément vers un mode de fonctionnement à la parisienne avec concentration des pouvoirs, des emplois et des centres décisionnaires en tout genre dans des mégalopoles qui pour être le cente se moquent éperdument du bout de leurs rayons.

L'exemple du rattachement éventuel de l'Auvergne à Rhône-Alpes est frappant de cette tendance. Qu'a de commun avec l'Auvergne la grande métrople lyonnaise, rien, absolument rien (ne serait-ce qu'en raison des moyens de transports). Dans de telles conditions, comment, en cas de fusion, se préoccuperait-t-elle de ces marches lointaines autrement que pour en annexer les richesses et en assècher les ressources humaines. L'Auvergne, dans son acception chère à "l'Auvergnat de Paris" qui est la plus pertinente, est une entité qui peut se suffire à elle-même (je ne parle pas ici de repli) et a plutôt vocation à voir venir à elle des populations et des activités surnuméraires en Rhône-Alpes et qui pourraient trouver dans nos espaces et nos savoir-faire des zones d'installations paisibles et attractives.
Pour cela, il est surtout nécessaire de voir l'Auvergne être dotée de moyens propres à lui permettre de se développer dans l'harmonie que lui permettent sa taille raisonnable et sa géographie, tandis qu'une annexion à un Rhône-Alpes hypertrophié n'en ferait qu'une excroissance que les Lyonnais et autres Grenoblois considéreraient aux mieux comme une réserve d'indiens, au pire comme une vache (de Salers évidemment) à lait.

De plus, même si nous rêvons de battre un jour le Stade Toulousain en finale du championnat de France de rugby, nos affinités culturelles et linguisitiques sont bel et bien tournées vers le reste de l'Occitanie avec laquelle, sans qu'une fusion soit nécessaire, de nombreux partenariats sont parfaitement envisageables.

pb

Portrait de pierre bourduge
63400 Chamalières
Inscrit(e) depuis le 24/03/09

Je ne comprends pas la contribution de jean-Paul Besset à la théorie du mille-feuille qu'il faudrait alléger. Outre qu'elle correspond surtout à une volonté sarkozyste de mettre au pas des régions qui lui sont hostiles alors qu'elles sont le socle pertinent de lien entre administration et administrés, les rapprochements envisagés vont assurément vers un mode de fonctionnement à la parisienne avec concentration des pouvoirs, des emplois et des centres décisionnaires en tout genre dans des mégalopoles qui pour être le cente se moquent éperdument du bout de leurs rayons.

L'exemple du rattachement éventuel de l'Auvergne à Rhône-Alpes est frappant de cette tendance. Qu'a de commun avec l'Auvergne la grande métrople lyonnaise, rien, absolument rien (ne serait-ce qu'en raison des moyens de transports). Dans de telles conditions, comment, en cas de fusion, se préoccuperait-t-elle de ces marches lointaines autrement que pour en annexer les richesses et en assècher les ressources humaines. L'Auvergne, dans son acception chère à "l'Auvergnat de Paris" qui est la plus pertinente, est une entité qui peut se suffire à elle-même (je ne parle pas ici de repli) et a plutôt vocation à voir venir à elle des populations et des activités surnuméraires en Rhône-Alpes et qui pourraient trouver dans nos espaces et nos savoir-faire des zones d'installations paisibles et attractives.
Pour cela, il est surtout nécessaire de voir l'Auvergne être dotée de moyens propres à lui permettre de se développer dans l'harmonie que lui permettent sa taille raisonnable et sa géographie, tandis qu'une annexion à un Rhône-Alpes hypertrophié n'en ferait qu'une excroissance que les Lyonnais et autres Grenoblois considéreraient aux mieux comme une réserve d'indiens, au pire comme une vache (de Salers évidemment) à lait.

De plus, même si nous rêvons de battre un jour le Stade Toulousain en finale du championnat de France de rugby, nos affinités culturelles et linguisitiques sont bel et bien tournées vers le reste de l'Occitanie avec laquelle, sans qu'une fusion soit nécessaire, de nombreux partenariats sont parfaitement envisageables.

pb