To be or not to be? Être ou ne pas être?

Portrait de Cecile Duflot

To be or not to be? Être ou ne pas être?

Telle était la question que se posait le jeune Hamlet, Prince du Danemark, dans un moment d'angoisse existentielle resté célèbre.

Telle est la question que devront se poser nos chefs de gouvernement et d'État, réunis dans le Royaume du Danemark, dans quelques semaines. Etre ou ne pas être... pour la terre des hommes, pour l'humanité, pour chacun d'entre nous... Oui, vue du ciel ou vue d'ici, la Terre des Hommes est fragile. Et quand il s'agit de sauver la planète, c'est bien la survie de l'humanité qui est en jeu. On parle un peu partout de sommet de la deuxième chance. Quelle deuxième chance ? mais c'est en fait celui de la dernière chance... vous savez pourquoi? Allez, je vous livre un secret : parce qu'il n'y a pas de planète de rechange, il n'y a pas de Terre B.

300 000 morts chaque année des effets du changement climatique (sécheresse, épidémies, inondations), on devrait atteindre les 250 millions de réfugiés climatiques d'ici 2050... Alors dans quelques semaines, nous saurons. Nous saurons combien vaut la planète et combien pèse la vie de milliards d'humains face aux résistances des intérêts établis, face aux vieux réflexes des appareils politiques, aux vieux démons productivistes, aux vieilles idées... Nous saurons quelle est la valeur réelle des serments et des engagements pris par nos dirigeants, qui jurent la main sur le cœur qu'il n'y a pas plus écolos qu'eux... comme on l'a vu au moment du Conseil européen d'octobre dernier, où les dirigeants européens se sont félicités des avancées formidables. Ainsi, JM Barroso qui estimait pouvoir "regarder le reste du monde les yeux dans les yeux et dire, nous, Européens, nous avons fait notre part du travail ". Ou le Premier ministre suédois, Fredrik Reinfeldt, dont le pays assure la présidence de l’UE : " Nous sommes parvenus à un accord. L'Union européenne a maintenant une position très forte en vue des négociations de Copenhague ".

On dirait que la maladie sarkozyenne de l'autosatisfaction est plus contagieuse que la grippe A – en tout cas elle pourrait se révéler bien plus dangereuse à terme! 

En même temps, j'aimerais qu'on ne l'oublie pas non plus, le changement climatique, ce n'est que la pointe émergée d'un iceberg assez gros pour faire couler notre Titanic à nous. Un gros iceberg à la dérive, en train de fondre. La crise environnementale, c'est beaucoup plus – et nous le savons tous ici. C'est la perte de la biodiversité, la dégradation du vivant, la disparition des espèces... Alors, je sais, c'est déjà arrivé, c'est déjà la 6ème grande phase d'extinction – la 5ème étant celle des dinosaures. Mais je me dis justement que si le schéma de ces grandes phases d'extinction aboutit à la disparition de l'espèce dominante, on devrait peut être s'inquiéter pour l'espèce dominante à l'heure actuelle.

Et puis, c'est aussi l'épuisement programmé et de plus en plus évident des ressources naturelles. Est-ce que la perspective à laquelle nous devons nous préparer est celle des guerres du climat? Est-ce que les luttes pour l'accès à l'eau ou pour la dernière goutte de pétrole ou la dernière tonne de charbon vont venir remplacer les luttes pour l'espace vital du 20e siècle? Est-ce que la disparition de certaines terres émergées va venir donner une nouvelle dimension, vraiment tragique, à cette notion d'espace vital, justement? En octobre dernier, le gouvernement des Maldives a tenu sa première réunion ministérielle sous l'eau, pour s'habituer, je suppose. 

La lutte contre le réchauffement climatique est la mère de toutes les batailles! Et hors de question de la perdre... 

Alors, Copenhague, un échec programmé? C'est mal parti, en effet. Les signes ne sont pas encourageants. La stratégie du bouc émissaire bat son plein. C'est pas moi, c'est Obama. C'est pas nous, c'est la Chine. C'est jamais eux, c'est toujours les autres. L'absence de volonté politique est criante : au dernier conseil européen sur le sujet en octobre, aucun engagement concret sur l'aide indispensable aux la participation de l'UE à l'aide financières aux pays pauvres dans les efforts de lutte contre le réchauffement climatique. JM Barroso toujours : " Nous ne devons pas sombrer dans la naïveté. Ce que nous faisons n'est pas un chèque en blanc. Nous n'agirons que si en face il y a des engagements". Alors – « personne ne veut payer pour Copenhague » nous rappelle le ministre polonais Dowgielewicz... on peut comprendre ses réticences, puisque personne ne veut non plus aider la Pologne, mais de la part d'un homme issu d'un beau mouvement qu'on appelait jadis « Solidarité », c'est un peu dur à avaler, je trouve.

Ce rappel à la solidarité  me renvoie le discours de Severn Suzuki, au sommet de Rio en 92. Le discours de la raison, tenu par une gamine de 13 ans, venue donner une explication de texte aux adultes pour leur expliquer ce que signifient les mots responsabilité ou solidarité.

C'est peut être de l'inconscience ? Depuis quelques siècles, notre civilisation est persuadée qu'au dernier moment une intervention divine viendra nous sauver au moment critique – pour nos dirigeants, cette intervention divine, c'est la foi un peu absurde, un peu infantile dans nos capacités technologiques. Une forme de scientisme aveugle bien illustrée par quelques scientifiques en mal de popularité, ou bien financés par les grandes industries concernées. Alors, on discute, on argumente – surtout on dénie la réalité: le changement climatique est aussi aggravé par le déni climatique.

Mais les utopies technologiques sont surtout des « utopies conservatrices », c'est à dire des formes de pensée qui refusent de changer quoi que ce soit et le justifient par une raison pseudo-scientifique.

Il est temps de changer cet état d'esprit : on ne négocie pas avec la nature, avec le climat.

Utilisons plutôt notre intelligence et notre créativité pour concevoir un système alternatif, un autre modèle de développement. 

Alors – Que faire? comme dirait... Dany... Et bien, tout d'abord, revenir au mot d'ordre qui a toujours inspiré l'écologie politique: think global act local. Penser globalement, agir localement!

Au global, ce sont nos propositions sur Copenhague :

    • le timing : pour éviter un réchauffement de 2° (c'est à dire une catastrophe), il faut stopper la croissance des émissions d'ici 2015 puis les réduire.
    • les chiffres : les pays industrialisés (c'est à dire nous, les principaux responsables historiques et économiques de la situation) doivent collectivement réduire leurs émissions de 40%
    • la solidarité : les pays du Sud doivent être soutenus, c'est à dire recevoir 120 milliards d'euros par an d'ici 2020. C'est pas lourd finalement. Rien qu'en France, l'endettement public tourne autour de 1400 milliards et au premier trimestre 2009 c'était 90 milliards supplémentaires. Si on s'y met à 27, on devrait pouvoir trouver les 30-35 milliards correspondant à la part de l'Union européenne dans cette addition...

Ensuite, au niveau local : c'est vrai, il y a une relative prise de conscience, tout au moins un début de débat sur les mesures à prendre. Exemple, la taxe carbone dont Michel Rocard reparlera certainement cet après midi. Dans ce débat sur la taxe carbone, nous avons voulu jouer jusqu’au bout la possibilité de faire entendre le choix d’une véritable CCE ambitieuse. Parce que le climat va au-delà des clivages, nous en sommes profondément convaincus. Et c’est pour cela que je regrette d’autant plus que ce forum n’ait pu se tenir dans sa forme initiale, je le dis sincèrement, je regrette, je déplore les absences des uns et des autres, pour des motifs que je n’ai pas encore bien cernés mais qui m’apparaissent tout à fait hors-sujet.

Toujours au niveau local, on pourrait rappeler les nombreuses propositions des écologistes depuis 20 ans pour diminuer la consommation énergétique et réduire l'empreinte carbone nationale...

    • l'adaptation puis la reconversion du secteur automobile
    • la rénovation/réhabilitation thermique du parc immobilier
    • la lutte contre les concentrations et contre un aménagement urbain centré sur la voiture

pour ne citer que celles-ci.  

Alors – le problème est connu et reconnu. Et des solutions, nous en avons. Applicables maintenant. Oui, Copenhague sera peut être un échec – ou pas. Mais nous ne nous arrêterons pas à Copenhague. Nous devons en faire vers une politique de l'espérance – quel qu'en soit le résultat. Copenhague doit nous servir d'étape – pour expliquer, pour interpeller, pour convaincre des urgences écologiques et sociales – entre Nord et Sud, mais aussi chez nous.

Notre civilisation est en crise ? apportons lui une réponse à la hauteur des enjeux : une politique de civilisation. Un jalon sur le chemin d'une politique de l'espérance. Pour ici, pour la-bas et pour ailleurs encore.

Et nous devons traduire cette espérance dans l'espace public : par la mobilisation de tous les citoyens et citoyennes pour faire pression pendant ce sommet sur nos représentants, pour qu'ils prennent leurs responsabilités. Et par la mobilisation dans les urnes.

Nous le savons, vous le savez tous, ce monde doit changer : alors faites-vous entendre !